Une résistance, c'est le composant le moins cher de ton établi. Et pourtant, il y a étonnamment souvent des problèmes dès qu'on n'y réfléchit pas assez.
Pas parce que le calcul est difficile. Mais parce que choisir une résistance, c'est prendre trois décisions en même temps : la valeur de résistance, la puissance qu'elle peut dissiper, et la précision nécessaire. Ces trois paramètres sont liés, et en oublier un peut quand même poser problème.

La valeur de résistance : commence par la fonction
La valeur s'exprime en Ohms et détermine le courant qui traverse la résistance pour une tension donnée. En pratique, une résistance remplit l'une de ces quatre fonctions : limiter le courant (pour une LED), maintenir une entrée dans un état défini (pull-up ou pull-down), créer un diviseur de tension, ou piloter un transistor ou un MOSFET.
Ne commence donc pas par une valeur, mais par la question : qu'est-ce que cette résistance doit faire ?
Un exemple classique : tu veux connecter une LED rouge sur 5 V. La LED a une tension directe d'environ 2 V et tu veux 10 mA. La résistance doit absorber 3 V à 10 mA, soit 300 Ω. En pratique, tu prends la valeur normalisée la plus proche, par exemple 270 Ω ou 330 Ω. Une résistance légèrement plus élevée donne un courant légèrement plus faible et une LED légèrement moins lumineuse — pas de problème.
Pour un pull-up sur une broche GPIO, il ne s'agit pas d'un courant précis, mais de maintenir l'entrée dans un état connu. Des valeurs entre 4,7 kΩ et 47 kΩ sont courantes. Une valeur plus élevée consomme moins de courant ; une valeur plus faible est plus robuste face aux parasites et mieux adaptée aux signaux rapides. Le CRG0805F10K (10 kΩ, 1%, 0805) est un bon choix standard pour les pull-ups sur breadboard ou circuit imprimé.
La puissance : le détail que tout le monde oublie
Chaque résistance a une puissance maximale qu'elle peut dissiper sous forme de chaleur. Les valeurs les plus courantes sont 0,125 W, 0,25 W, 0,5 W et plus.
Le calcul : la puissance est égale au carré de la tension divisé par la résistance. Pour une résistance de 330 Ω avec 3 V à ses bornes, ça donne 3² / 330 = 27 mW. Largement dans les limites d'un 0,125 W — aucun problème.
Mais imagine un diviseur de tension de 12 V vers 5 V avec deux résistances de 470 Ω. Près de 13 mA circule dans chacune, dissipant environ 75 mW. Ça tient techniquement dans un 0,125 W, mais c'est limite. Il faut aussi tenir compte de la température ambiante et d'une mauvaise ventilation.
Règle pratique : choisis toujours une résistance dont la puissance nominale est au moins deux fois supérieure à ce que tu calcules. Pour piloter une LED, le CRCW0805330RFKEA (330 Ω, 1%, 0,125 W) convient bien. Pour des puissances plus élevées, regarde le CRGH0805F10K (10 kΩ, 1%, 0,33 W).
La tolérance : quand est-ce que ça compte ?
Une résistance de 1 kΩ avec une tolérance de 5% peut en réalité valoir entre 950 Ω et 1050 Ω. Pour piloter une LED ou un pull-up, c'est sans importance. Pour un pont de mesure précis, un filtre RC ou un diviseur de tension qui sert de référence, ça peut changer les choses.
Dans ces cas-là, on choisit une tolérance de 1%. Les résistances à couche métallique offrent généralement 1% de tolérance et se comportent mieux en température que les types à couche de carbone.
Pour la grande majorité des projets, des résistances à 5% conviennent parfaitement. Utilise du 1% quand la précision est nécessaire, pas par défaut.
THT ou CMS
Les résistances THT (traversantes, avec des pattes) sont pratiques pour les breadboards, les réparations et les prototypes soudés à la main. Les résistances CMS sont plus petites et destinées aux circuits imprimés.
En CMS, fais attention au format du boîtier. Un 0402 peut dissiper environ 62 mW, un 0603 un peu plus, un 0805 jusqu'à 125 mW pour les types standard ou 330 mW pour les versions renforcées. Si tu choisis une résistance CMS pour une application avec un peu de puissance, vérifie la fiche technique — la taille du boîtier seul ne suffit pas.
Ce qui se passe mal en pratique
Les erreurs les plus fréquentes : pas de résistance avec une LED, ne pas calculer la puissance et se retrouver avec une résistance qui chauffe ou claque, et choisir des résistances CMS trop petites pour le courant.
Une résistance coûte quelques centimes. Le composant qu'elle était censée protéger coûte bien plus. Prends le temps de faire le calcul.